Une histoirefaçonnée par la mer
Des embarcations de pêche aux grandes régates populaires, la yole raconte la créativité, la solidarité et la mémoire maritime de la Martinique.
Une tradition née de la mer
En Martinique, on se mesure sur l'eau depuis toujours: aux fêtes patronales, les s'affrontaient déjà au retour de pêche. La yole a fini par prendre leur place, sur les lieux de pêche comme sur les lignes de départ.
Vers 1940, tandis que le bois de gommier vient à manquer, Jean Lafontaine, charpentier de marine au François, met au point la yole ronde telle qu'on la connaît: une coque assemblée en planches, plus légère et plus rapide. Les défis du dimanche, au retour de pêche, deviennent une discipline à part entière. En mai 1966, quatre yoles tentent pour la première fois le tour de l'île; la Société des Yoles et Gommiers voit le jour en 1972, puis les yoles prennent leur autonomie en 1984.
En août 1985, Georges Brival lance le Tour de la Martinique des yoles rondes sous sa forme actuelle: huit équipages sur environ 110 milles nautiques autour de l'île. Le succès est immédiat, et la course a lieu chaque année depuis, portée par des valeurs fortes: dépassement de soi, solidarité, fierté et respect de la mer.

Les grandes dates
De la yole de pêche à la 40e édition, les moments qui ont transformé une pratique maritime en patrimoine vivant.
- Les originesDu gommier à la yole
Sur les côtes de Martinique, les pêcheurs se mesurent depuis toujours lors des fêtes patronales, d'abord sur les gommiers, ces pirogues taillées dans un seul arbre. La yole, plus légère, prend peu à peu leur relève sur l'eau comme en course.
- 1940Naissance de la yole moderne
Le bois de gommier se raréfiant, Jean Lafontaine, charpentier de marine au François, met au point la yole ronde telle qu'on la connaît : une coque assemblée en planches plutôt que creusée dans un tronc.
- 1966Le premier tour de l'île
En mai, quatre yoles, Étoile, Frisson, Mouette et Odyssée, tentent pour la première fois de faire le tour de la Martinique, bouclé en cinq étapes. L'expérience est répétée puis interrompue en 1968.
- 1972Une organisation naît
La Société des Yoles et Gommiers de la Martinique est créée le 27 décembre, sous la présidence de Georges Brival, pour structurer, promouvoir et réglementer la pratique.
- 1984Les yoles prennent leur autonomie
Les yoles rondes se séparent des gommiers et la structure devient la Société des Yoles Rondes de la Martinique, préfiguration de la Fédération actuelle.
- 1985Le premier Tour
Du 11 au 15 août, Georges Brival lance le Tour de la Martinique des yoles rondes sous sa forme actuelle: huit équipages, environ 110 milles nautiques autour de l'île. Désiré Lamon, pêcheur-charpentier du Marin, le remporte sur la yole Monoprix.
- 2017Patrimoine vivant
En France, la construction de la yole rejoint l'inventaire national du patrimoine culturel immatériel : un savoir-faire artisanal enfin reconnu comme tel.
- 2020Un modèle reconnu par l'UNESCO
Le 17 décembre, la yole de Martinique, de la construction aux pratiques de navigation, entre au Registre UNESCO des bonnes pratiques de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, une première pour un élément martiniquais.
- 202640e édition
Édition anniversaire du 26 juillet au 2 août: huit étapes au départ et à l'arrivée de Sainte-Anne, en hommage à Georges Brival, disparu en janvier 2024, et à Alain Dédé, co-président fondateur.
Les figures du Tour
Trois hommes ont façonné le Tour : celui qui l'a rêvé, celui qui l'a fait grandir, et le premier à l'avoir gagné.
Un patrimoine reconnu
Le savoir-faire de construction de la yole ronde est inscrit à l'inventaire national du patrimoine culturel immatériel en 2017. Trois ans plus tard, le 17 décembre 2020, l'UNESCO inscrit la yole de Martinique sur son Registre des bonnes pratiques de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, sous l'intitulé exact: La yole de Martinique, de la construction aux pratiques de navigation, un modèle de sauvegarde du patrimoine. C'est le premier élément martiniquais à figurer sur une liste de l'UNESCO.
Cette reconnaissance distingue moins un objet qu'une chaîne humaine: les charpentiers qui construisent, les équipages qui naviguent, les associations qui transmettent et le public qui fait vivre la course d'une commune à l'autre.
Un palmarès de légende
Voir le TourDepuis 1985, quelques écuries ont marqué l'histoire de la course. Georges-Henry Lagier compte parmi les patrons les plus titrés, avec la yole Rosette, aux côtés de Félix Mérine (Le Robert) et Joseph Mas (Le François). Ces dernières années, UFR / Chanflor, l'écurie du Robert, s'est imposée comme la référence: elle a remporté la 39e édition en 2025 et arrive tenante du titre à l'aube de la 40e.
La course n'a connu que de rares interruptions: les éditions 2020 et 2021 n'ont pas été disputées en raison de la pandémie. À chaque édition, le leader du classement général porte le maillot rouge, d'une étape à l'autre, jusqu'à l'arrivée finale.
Palmarès : Wikipédia, Martinique La 1ère. Le décompte des titres varie selon le critère (yole, patron ou commune).
La yole, un savoir-faire unique
Construite en bois, sans quille, propulsée par la seule voile, la yole ronde est le symbole du génie marin martiniquais. Le bois, la toile, l'équipage : rien n'y est laissé au hasard.
Comprendre la yoleUne coque assemblée à la main, savoir-faire du patrimoine.
La seule force qui propulse, avec celle de l'équipage.
Ni quille ni lest : tout tient au rappel, sur les bois dressés.
Les valeurs du Tour
Se dépasser pour son équipe et pour sa commune, à chaque bord.
Un esprit d'équipe et une entraide sans lesquels la yole ne tient pas.
La mer nous unit ; on en prend soin et on reste humble devant elle.
Un héritage à préserver et à transmettre aux générations futures.
